Bono reflects on the renewed hunger for uplifting rock 'n' roll and U2's response after Sept. 11.
Les années 90 ont été dures pour les grands groupes de rock. Rien qu'aux Etats unis, les 1ers groupes de la décennie se sont auto-détruits (Nirvana), se sont séparés par frustration (Smashing Pumpkins, Rage Against the Machine) ou ont tellement perdu en matière d'impact commercial qu'ils furent vite mis sur la touche (Pearl Jam, Nine Inch Nails). Ce qui laissa le champ totalement vide à la fin des années 90 de façon à ce qu'on entendait à nouveau le leitmotiv "rock is dead."
Nombres de groupes de rock, de l'infatigable et sombre Korn au grimaçant et puérile Limp Bizkit, continuaient à vendre des millions d'albums, mais ces groupes semblaient manquer de l'énergie et de l'imagination des générations précédentes. La mort sonnait le glas pour ces groupes marquants des années 90 était tellement proche qu'au commencement de l'année 2000, on se demandait si même un groupe de vétérans comme U2 pouvait défier le marché.
Le quator irlandais non seulement répondit contre toute attente par un album qui mit tout le monde KO, intitulé "All That You Can't Leave Behind," mais aussi et surtout par un single récompensé par 3 grammy's et plus de 10 millions d'exemplaires vendus dans le monde : "Beautiful Day," l'un des titres de ce même album qui aida à retrouver la confiance perdu dans l'avenir du rock 'n' roll.
Avant de rejoindre le groupe à Monaco en studio ce mois-ci pour s'essayer à de nouveaux concepts musicaux pour un nouvel album, Bono, le chanteur du groupe âgé de 41 ans, se confie à notre journal sur cette faim inextinguible du public pour un rock élevant et sur l'attitude du groupe après les évènements du 11 septembre.
Avant de rejoindre le groupe à Monaco en studio ce mois-ci pour s'essayer à de nouveaux concepts musicaux pour un nouvel album, Bono, le chanteur du groupe âgé de 41 ans, se confie à notre journal sur cette faim inextinguible du public pour un rock élevant et sur l'attitude du groupe après les évènements du 11 septembre.
Question: Vous sentiez-vous concerné par le fait qu'il allait falloir être capables de défier le monde du rock en 2000? ça a été très éprouvant ces dernières années de voir tant de bons groupes tomber en disgrâce.
Réponse : On savait qu'il y avait des mélodies là et on a senti qu'il y avait un appétit à nouveau pour quelque chose empli de joie, quelque chose qui élevait nos consciences d'une façon véritable, et je pense que le rock est capable de donner ça. Je dirais que le hip-hop fabrique plus de disques aventureux que les groupes de rock mais quand vous travaillez sans machine ou base numérique c'est dur d'emmener les gens dans des endroits transcendants en direct à la façon dont le rock le fait certains soirs.
Q: Croyez-vous que l'ère de la colère dans le rock ou le rap commence à s'essouffler.
R: La colère est simple. N'importe quel artiste sait qu'il peut la peindre avec n'importe quel pinceau noir. C'est là où se trouve le rock en ce moment. C'est facile à faire : peindre en noir. La joie c'est tout autre chose. C'est beaucoup plus dur de créer sur ce thème car ça traite de quelque chose de beaucoup plus enfoui et qui fait appel aux sentiments. C'est une communion avec le public à la limite de la foi, une croyance commune.
Je pense que déjà, avant les évènements du 11 septembre, les gens recherchaient cette "spiritualité" et que depuis çela n'est pas démenti au contraire. Les gens ne sont plus intéressés juste par une posture musicale. Ils veulent quelque chose de beaucoup plus authentique parce que quelque chose a changé. Je suis persuadé que les jeunes ont autant soif de ça que les autres. Sur la première partie de notre tournée, j'ai remarqué que le public était en majeure partie composée de nos fans habituels. Mais lors de la seconde partie, le public était beaucoup plus jeune.
Q: Pourquoi pensez-vous que ces événements du 11 septembre ont intensifié cette recherche de quelque chose d'autre dans la musique ?
R: La vrai violence de nos jours est une gaffe pour tout le monde. Le coeur d'une ville tout entière peut être détruit par une simple mallette pleine d'une connerie de bombe nucléaire. C'est ce qui fait que dernièrement la colère des cités exprimés au travers des chansons n'est pas suffisante et paraît bien mesquine dans le rock. Un mec qui dit : "J'ai tellement la rage après ce monde que je vais m'auto mutiler" peut même prêter à rire ! La barre est beaucoup plus haute maintenant !
Q: Ne craignais-tu pas de passer pour quelqu’un à la recherche d'un nouveau credo quand tu emmenais ta musique dans des endroits à la télé qui trimbalait les publics de Britney Spears et N Sync ou bien encore Limp Bizkit ? On aurait pu croire que c'était une tentative désespérée?
R: Ca n'était pas tout. On a pas vraiment un passé de mec hyper douées en matière de télé, surtout qu'on a pas fait ça depuis des lustres. On était tellement nul dans ce genre d'exercice que chaque fois qu'on faisait une apparition à la télé, nos disques dégringolaient dans les charts, surtout à "Top of the Pops" en Angleterre à nos tous débuts ! Mais on a travaillé cet aspect car nous avons foi en notre musique. Je crois que nombre de groupe de rock ont perdu le fil de ce qu'était vendre sa musique. Le hip-hop n'a pas arrangé les choses et a coupé l'herbe sous le pied du rock car ils faisaient de la promo pour vendre. Ils voulaient les faire ces émissions de télé .Les groupes de rock eux étaient trop frileux pour jouer à ça. Si tu crois en ce que tu écris, alors tu devrais avoir envie de le dire à tout le monde, c'est le seul effort que ça nécessite !
Q: Quel est le prix à payer quand tu consacres près d'une année à une tournée ? On a vu nombre de vieux briscards comme Bruce Springsteen ou R.E.M., ralentirent le rythme pour diverses raisons. N'est ce pas dur d'être séparé de sa famille pendant aussi longtemps ?
A: Ma famille est vraiment compréhensive en ce qui concerne ce genre de choses. Ils me rejoignent sur la route quand je leur manque. Ali emmène les gosses et les instruit. Je ne pense pas que l'aventure soit l'ennemi des relations. La plus grosse menace c'est l'ennui et la routine.
Q: Mais est-ce que tu arrives à voir le moment où vous perdrez cette faim de faire de la musique ? Vous avez eu tellement de succès pendant si longtemps, n'y aura-t-il pas un moment où vous vous direz que vous avez suffisamment vendu de disque et récolté de billets verts que vous vous retirerez comme Garth Brooks l' a fait ?
R: Tout ça dépend de ta motivation et de tes espérances. Si tout ce après quoi nous courions avait été le fric et le succès on aurait pu lâcher l'affaire il y a déjà 10 ans. Pour être honnête, on a pas vraiment le choix. Je me réveille le matin avec une mélodie en tête et il faut que je la couche sur la feuille. Je ne dois pas l'écrire parce que je pense qu'on a besoin d'une nouvelle chanson pour faire un disque. Je l'écris car je trouve ça stimulant cette idée de "créer" de la musique.
Q: Tu pourrais tout aussi bien écrire et enregistrer sans pour autant avoir à passer une année sur la route !
R: C'est vrai, mais il y a aussi ce sentiment qui nous habite et qui est plus fort que tout. Une fois écrite, tu as envie que les gens les entendent tes chansons. Tu veux pas juste qu'ils s'installent sagement face à leur chaîne stéréo. Prends l'album de R.E.M., "Reveal" il y a des chansons vraiment magnifiques sur celui-ci, mais ils n'ont pas porté la bonne parole ni ne se sont battus pour lui, ainsi les gens ont fait l'erreur de croire qu'ils ne croyaient pas en leur album.
Q:Vous avez aussi éprouvé la tension due à la maladie et à la mort de votre père l'automne dernier. Comment avez-vous fait réagi face à ça et comment avez-vous pu continuer à tourner dans ces conditions ?
R: On a toujours eu une relation très compliquée tous les deux parce que ça a toujours été un vieux briscard très dur. Un homme très caustique et cynique.
Q: Etait-il heureux de votre succès ?
R: Effectivement. Seulement il ne me le disait pas. Il était ce garçon à l'incroyable voix de ténor et un étudiant brillant mais dont la mère l'avait retirée de l'école à l'âge de 14 ans pour subvenir aux besoins de la famille. Son plus grand regret était qu'il ne savait pas jouer de piano pour compléter son chant. Cependant, il tenait à être certain que ses enfants auraient la chance de pouvoir apprendre à en jouer. Quand j'étais gosse, bien avant d'être capable de déchiffrer les notes, je me mettais au piano chez ma grand mère et jouais un air. Il aurait vraiment fallu être aveugle pour ne pas remarquer que déjà je m'intéressais à la musique et au piano. Peu avant sa mort, heureusement, nous avons pu nous rapprocher un tout petit peu. Tous les soirs en sortant de scène, je prenais un vol qui me ramenait à son chevet. J’avais encore les oreilles qui bourdonnaient des vivas du public et je m'asseyais près de lui. J'ai fait plein de dessins de lui et je lui ai beaucoup fait la lecture. de la poésie et une nouvelle traduction de la Bible par Eugene H. Peterson.
Q: Et en ce qui concerne le 11 septembre, beaucoup de groupes ont annulé leur tournée ? Avez-vous envisagé cette option ?
R: Si tout ça nous a appris quelque chose c'est bien l'idée que le monde n'a jamais été aussi dépendant et solidiaire. Tu peux avoir la plus grosse force de frappe militaire au monde avec un bouclier défense anti-missile et pourtant tu ne peux pas protéger ton pays d'un terroriste qui a accès à Internet pour pouvoir assembler ensemble des armes dévastatrices. Je pense qu'on sait tous ça mais ça a frappé fort et ça fait mal. Tu ne peux être une île de prospérité dans une mer de désespoir.
Q: Crois tu que tu devais dire quelque chose de bien particulier dans ces concerts à propos de ces évènements du 11 septembre ?
R: Non, je pense que ce que les gens voulaient entendre de U2 à ce moment très précis c'était juste que U2 venait chez eux. Je ne crois pas qu'ils avaient besoin de telle précision ou déclaration, et pourtant c'est vachement dur de me faire taire (il rigole). En fait je pense qu'on a voté avec nos pieds. Les autres annulaient leurs tournées. On a gardé la notre. C'était ça notre déclaration.
Q: C'était comment de monter sur scène au Madison, juste après les attentats.
R: J'avais jamais entendu un bruit d'enfer comme celui-là de toute ma vie. Un peu comme ce que ça a du être quand les Beatles ont joué au Shea Stadium. Puis, j'ai compris que ces cris n'étaient pas pour nous. mais pour tous, les uns s'adressant aux autres. Ca a vraiment été particulier, une soirée où les gens disaient : "on est toujours là et on va continuer à avancer" je n'avais pas besoin de dire quoi que ce soit.
Q: Oui, mais vous avez fait apparaitre les noms des victimes sur des écrans au cours de "One". Comment cette idée vous est-elle venue ?
R: On nous avait déconseillé de le faire en prétextant que ça pourrait être très éprouvant pour certaines personnes. Mais, d'un autre côté les gens n'arrêtaient pas d'appeler les antennes de télé à New York en leur demandant de cesser d'impersonaliser les victimes en donnant juste des chiffres bien rond en ce qui concernait les victimes. Les gens voulaient entendre des noms en signe de respect pour ces disparus. L'idée c'était : "ce sont des personnes, pas des statistiques".
Aussi quand nous avons fait défiler les noms sur ces écrans c'était un peu comme si les gens se montraient les uns les autres ceux qu'ils connaissaient et qu'ils aimaient, pour le public. C'était incroyable d'être là sur la scène et de voir les larmes couler sur leurs visages? La chose que je voulais faire c'était de remercier les gens pour leur soutien dans la campagne en faveur de l'abandon de la dette de plusieurs milliards de dollars des pays les plus pauvres du tiers monde. Je pense qu'il y a un rapport entre ce problème et nombre de choses qui se passent dans le monde à l'heure actuelle. Même les militaristes admettent que ce n'est pas une guerre que l'on peut gagner juste par des munitions, et qu'une partie des racines de cette crise actuelle est due à la pauvreté de tant de personnes qui se sentent laissées pour compte. Quand il n'y a plus d'espoir alors tu deviens une proie facile pour le terrorisme.
Il y a une énergie incroyable dans ce pays en ce moment. C'est une grosse source d'inspiration. mais je pense qu'il est important de comprendre que nous pouvons aller bien au-delà de la simple poursuite de justice. On peut en fait utiliser cette énergie pour poursuivre de manière concrète et plus juste un monde plus concerné.
Q: le fait que vous veniez d'un pays comme l'Irlande où le terrorisme est monnaie courante vous donnait il une perspective sur ce qu'il allait arriver ici ?
R: Il y a une chanson sur notre album qui s'appelle "Peace on Earth" (paix sur terre) qui parle de ça, mais je ne voulais pas le faire pendant le concert car elle contient tant d'amertume. Elle distille une certaine colère sur le fait que la tuerie ne fait que continuer. Mais, lors d'un concert, quelqu'un brandissait cette énorme bannière qui citait certaines des paroles, "Their lives are bigger than any big idea," (leurs vies sont plus grandes que n'importe quelle grande idée) et je pense que ça a touché la corde sensible.
Q: Vous-même, n'avez-vous jamais eu affaire au terrorisme lorsque vous avez grandi ?
R: Il y avait ce café au centre de Dublin, devant lequel je passais tous les jours car je devais prendre deux bus pour aller à l'école. Un jour, une heure après que je sois passé à cet endroit, j'ai appris que le café et sa rue avaient explosé en mille morceaux. Alors, oui, il existe vraiment un sens profond à ce "si je suis ici aujourd'hui c'est par la grâce de Dieu" que j'emporte partout avec moi. Après le 11 septembre, une partie de cette idée est en chacun d'entre nous.
publié par tony edward dans: edward